Une étude en serre compare deux désinfectants oxydants dans un système hydroponique fermé contaminé par un pathogène racinaire majeur.
Les systèmes hydroponiques en circuit fermé permettent de réduire la consommation d’eau et d’engrais tout en limitant les rejets de nitrates et de phosphates dans l’environnement. Mais recycler la solution de drainage augmente le risque de propagation des pathogènes racinaires via le système d’irrigation, rendant la désinfection indispensable avant réutilisation. Une étude récente compare l’efficacité de deux agents oxydants contre Verticillium dahliae, un champignon responsable de flétrissements vasculaires en culture de poivron.
L’essai s’est déroulé en serre durant la période printemps-été, sur une culture de poivron hors-sol en circuit fermé. Les chercheurs ont inoculé des plants âgés de six semaines avec la souche 402V de V. dahliae, un pathogène qui colonise les vaisseaux conducteurs et provoque le flétrissement puis la mort des tissus végétaux.
Trois modalités ont été testées, chacune avec trois répétitions, toutes recevant une solution nutritive de composition identique. Le dispositif comprenait un témoin sans traitement, une modalité avec 2 ppm de dioxyde de chlore (ClO₂) et une modalité avec 2 ppm de peroxyde d’hydrogène (H₂O₂). Ces deux molécules appartiennent à la famille des oxydants contenant de l’oxygène, utilisés pour leur capacité à détruire les micro-organismes pathogènes sans laisser de résidus toxiques persistants dans la solution nutritive.
Les deux désinfectants ont significativement amélioré le rendement et la qualité des fruits par rapport au témoin non traité. Le dioxyde de chlore s’est distingué en produisant le nombre le plus élevé de fruits commercialisables et le rendement total le plus important. Cette différence s’explique par une meilleure protection du système racinaire, qui maintient l’absorption hydrique et minérale nécessaire au grossissement des fruits.
Les deux traitements ont également réduit la proportion de fruits non commercialisables, ceux présentant des défauts liés au stress hydrique ou nutritionnel causé par l’infection vasculaire. Parallèlement, le poids moyen des fruits a augmenté dans les deux modalités traitées, signe d’une meilleure alimentation des organes reproducteurs lorsque le système vasculaire reste fonctionnel.
La quantification de la biomasse fongique par qPCR, une technique de biologie moléculaire qui mesure l’ADN du pathogène présent dans le système, a révélé l’efficacité supérieure du dioxyde de chlore. Ce traitement a permis de réduire la présence du pathogène dans le système hydroponique d’environ 63 % par rapport au témoin non traité.
Le dioxyde de chlore a réduit la biomasse de Verticillium dahliae de 63 % dans le circuit hydroponique, tout en produisant le rendement le plus élevé en fruits commercialisables.
Cette réduction substantielle de la charge pathogène explique directement les gains observés sur le rendement. En limitant la multiplication du champignon dans la solution de drainage recyclée, le désinfectant rompt le cycle de réinfestation qui caractérise les systèmes fermés contaminés. Chaque passage de la solution dans le circuit représente normalement une opportunité pour le pathogène de coloniser de nouvelles racines ; la désinfection continue interrompt ce processus.
Le recyclage des solutions de drainage répond à plusieurs impératifs agronomiques et environnementaux. Il permet de réduire la consommation d’engrais, dont les coûts ont fortement augmenté ces dernières années, et limite les volumes d’eau nécessaires, ressource de plus en plus contrainte dans de nombreuses régions de production.
Sur le plan environnemental, le recyclage prévient la pollution causée par les rejets d’azote et de phosphore, deux éléments dont l’accumulation dans les milieux aquatiques provoque l’eutrophisation. La réglementation dans plusieurs pays impose d’ailleurs désormais la récupération des effluents, rendant les systèmes fermés obligatoires pour de nombreux producteurs.
Mais cette fermeture du circuit crée un environnement favorable à la propagation des pathogènes racinaires. Une fois introduit, un agent infectieux se multiplie dans la solution recyclée et contamine rapidement l’ensemble des plants connectés au même réseau d’irrigation. Les pathogènes vasculaires comme Verticillium sont particulièrement problématiques car ils persistent longtemps dans les systèmes et résistent aux conditions défavorables.
La désinfection continue de la solution nutritive devient donc une nécessité technique dans les circuits fermés. Les résultats de cette étude montrent qu’une concentration modérée de 2 ppm, maintenue en permanence, suffit à contrôler efficacement la pression pathogène sans nécessiter de traitement choc ni d’interruption de la culture.
Les deux molécules testées présentent des profils d’efficacité différents. Le dioxyde de chlore a démontré une action plus complète, combinant la réduction la plus importante de la biomasse pathogène et les meilleurs résultats agronomiques. Le peroxyde d’hydrogène a également amélioré significativement le rendement et la qualité par rapport au témoin, confirmant son intérêt comme désinfectant en système hydroponique.
Le choix entre ces deux agents dépend de plusieurs facteurs opérationnels :
L’étude confirme que la désinfection préventive à faible dose représente une stratégie viable pour maintenir la productivité des systèmes fermés face aux pathogènes racinaires. Cette approche évite le recours à des traitements curatifs plus agressifs une fois l’infection établie, moment où les dégâts sur la culture sont déjà significatifs.
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